Hors série : ce qu’on a pensé de l’Ecuador

Après avoir passé 10 jours en Ecuador, nous vous avons concocté un petit article récapitulatif de nos impressions.

Climat

Bien sur, ce qui est fou avec l’Equateur, c’est sa latitude. L’angle de 0° permet d’avoir un lever et un coucher du soleil à 6h pile chaque jour de l’année ! Par contre, il n’y a pas vraiment de saisons, à part une légère démarcation entre un-peu-sec et vaguement-humide. Le résultat est que, contrairement à l’Europe, avec une année bien découpée et des journées irrégulières, on a ici plutôt des journées bien calées dans une année « monotone ». C’est plutôt pratique pour prévoir son emploi du temps, et les agriculteurs doivent s’embêter vachement moins.

Pile entre le Nord et le Sud !

Deuxième truc étrange : le froid dans la montagne. On pourrait supposer qu’en altitude, des mesures ont été prises pour compenser la rigueur du climat, comme par exemple de l’isolation. Non-non. Les constructions ne sont pas étanches, pas chauffées, pas isolées, et même souvent assez mal finies : notre première chambre avait un cadre de porte 20cm plus haut que le battant lui-même. Résultat : ventilation naturelle incontrôlée à toute heure, y compris la nuit à 8°C. L’ensemble reste assez vivable car la température ne descend jamais très bas (c’est à dire jamais en dessous de 5°C au petit matin) mais c’est déroutant.

Le transport

En Ecuador, comme assez généralement en Amérique du Sud, le moyen de transport principal est le bus (il n’y a qu’une poignée de lignes de trains dans le pays, la plupart très locales ou plus touristiques qu’efficaces). Chaque ville possède au moins un terminal de bus, où de nombreux rabatteurs et chauffeurs beuglent leur destination afin de remplir leurs bus.

En parallèle des bus (ou en remplacement dans les régions les moins accessibles), on trouve les minibus et camionetas. Les minibus sont des vans de 9 à 20 places, qui profitent de leur petite taille pour foncer encore plus vite que les bus. Les camionetas sont des pick-ups, souvent 4 portes, avec la remorque reconvertie pour le transport de passager : possédant parfois un toit et parfois un plancher en bois, elles possèdent des bancs (en bois, avec coussins si on a de la chance) pouvant accueillir jusqu’à une dizaine de personnes (ah qu’est ce qu’on est serrés, au fond de cette boite, …)

Les bus ont parfois des horaires fixes de départ (souvent un peu retardés dans l’espoir de remplir un peu plus le bus) ou sinon partent quand ils sont assez pleins (c’est le cas des minibus et camionetas). De même, pour les horaires de passage, il suffit de se poster au bord d’une route et d’attendre. La plupart n’ont pas d’arrêts fixes, mis à part les terminaux, et on peut les prendre n’importe où sur leur route en leur faisant signe. On peut également s’arrêter où on veut en notifiant le chauffeur (taper contre la vitre depuis la plateforme du pick-up, par exemple).

La photo tremble un peu. La camioneta vibre beaucoup 🙂

La partie de l’Ecuador que nous avons visitée est principalement située dans la zone montagneuse du pays. Les routes que nous avons empruntées étaient donc très sinueuses et parfois très étroites, avec des pentes parfois  impressionnantes par rapport à la puissance de certains des véhicules (et à leur âge !). Les routes sont dans un état moyen, avec relativement souvent quelques nid-de-poules ou réparations hâtives de la chaussée. La seule exception étant la Panaméricaine qui est dans un bon état sur la portion Quito-Tulcàn (ce qui ne l’empêche pas d’être sinueuse et pentue).

Tous ces facteurs rendent le transport très lent comparé à nos habitudes de Français. Il faut 2h pour faire Quito-Otavalo ou Quito-Mindo (a peu près 90km à chaque fois), ce qui équivaut donc à une moyenne de 45Km/h. Cela dit, le bus est un moyen de transport assez économique, avec un coût d’environ 1,25$/h, ce qui le rend accessible et utilisé par un grand nombre de locaux.

Pourtant, quand on est assis dans le bus, on a l’impression que les chauffeurs roulent très vite, n’hésitant pas à doubler sans visibilité même plusieurs véhicules d’un coup (qu’ils préviennent de s’écarter un peu sur le bas coté d’un coup de klaxon). Les bus de centre ville sont encore plus impressionnants, car ils se font la courses pour être les premiers aux arrêts de bus et engranger le plus de passagers. Ils ont tendance à foncer entre les arrêts, et piler au dernier moment, quitte à surprendre les scooters voisins.

Le dernier élément remarquable des transports est… la déco ! Tous les bus de voyage sont assez remarquables de l’extérieur par les peintures voyantes de la compagnie + les panneaux de destinations + la pancarte du conducteur sur sa cabine + un poster ou deux sur le pare-brise. Mais ça continue à l’intérieur ! Souvent, des pompons et des franges décorent le haut des portes et vitres, et de la moumoute entoure les rétros, le tout si possible assorti à l’extérieur… ou presque. La cerise sur le gâteau est à tous les coups une effigie de Jésus avec une bénédiction ou un chapelet, souvent affichée à côté du conducteur, qui dispense donc, bien sur, d’observer le code de la route, puisque le Seigneur nous protège.

Pour compléter la déco, la culture kitsch continue avec la playlist, toujours latine, mais parfois techno, parfois tradi, parfois disco… Et la musique s’interrompt à l’heure… du film ! Car oui, nous complétons aussi notre culture ciné dans les bus écuadoriens ! Les doublages de Harrisson Ford ou Jason Statham n’ont plus de secret pour nous (vous serez contents de savoir que pour traiter quelqu’un d’ordure en espagnol, et bien on le traite d’ordure comme en France, avec le mot basura). Bref, les bus, c’est toute une aventure mais c’est plutôt sympa !

Les couleurs

Visiblement, c’est quelque chose de culturellement important. Tout est peint, décoré, coloré, si possible de façon assez flashy.

Les vêtements traditionnels ont des fonds noirs ou blancs et des broderies soutenues, avec des turquoises et des oranges intenses. Sur le marché, les tissus en poil de lama teint formaient des panels de couleurs étonnants mais très beaux.

Il y a énormément de street art, en particulier autour d’Otavalo, avec des couleurs profondes, de grands dégradés, des personnages très beaux et très grands, souvent des musiciens en pleine concentration ou des vieux sages au visage tueur. Les écoles sont peintes de messages pacifistes et écologistes, certaines rues de passage de l’Histoire locale.

Les maisons sont souvent de couleurs vives, sans organisation apparente : petit village ou métropole, tout y passe, un quart peut-être des maisons est peint, du saumon au violet en passant par l’anis et le rose Barbie. Quand les moyens sont plus limités, seule la façade sur rue est peinte, et les pignons sont laissés en parpaing brut.

Parfois, les toitures sont peintes aussi, oui vous avez bien lu, on a vu un chantier où ils peignaient les tuiles en vert juste avant de les poser. Comme il pleut souvent mais pas bien fort (on a l’impression), ça marche peut être a long terme mais j’avoue que ça paraissait assez futile.

Les sons

On nous avait prévenus, l’Amérique latine, c’est bruyant. Et en effet, le volume sonore est toujours assez élevé.

La cause de tous ce bruit est souvent la musique, généralement assez forte (comme dans les bus, voir plus haut), qui oblige tout le monde à hausser considérablement la voix pour s’entendre. Et vu que tout le monde gueule, il faut gueuler encore plus fort pour s’entendre.

Coté musique, on distingue deux grands types de musiques. La musique « hits de l’été » type techno-pop fun radio (avec l’omniprésence de la boite à rythme) version sud-américaine et la musique plus traditionnelle au rythme latin. Dans tous les cas, la plupart de la musique est chantée en espagnol, et contrairement aux films, le soft power américain n’est pas très présent coté musical ici.

Outre la musique, tout ici fait du bruit. Bien que différent d’en France, certains sont compréhensibles après un certain temps d’adaptation : les sirènes d’ambulance ou de police (reconnaissables), les radars de recul (ils commencent à faire des bruits d’OVNIS), d’autre sont moins communs (TOUS les passages piétons font pew pew quand le bonhomme est au vert).

Dans tous les cas, les bruits et signaux sonores utilisés sont très différents de ce que l’on trouve en Europe de l’ouest, et on se retrouve très souvent avec l’impression d’être entourés d’oiseaux étranges et de jouets pour enfants géants, vous savez, ces machins infernaux offerts par un cousin lointain dont on n’attend qu’une chose : que les piles se vident

Le manger et le boire

Comme on vous l’a mentionné, le moine franciscain Jodoco Ricke est très populaire en Ecuador pour y avoir importé le blé et l’orge afin de faire de la bière. Les pâtes ou la semoule comme on les connait, c’est quasi introuvable dans les épiceries, par contre la bière, ça, c’est un bon usage du blé !

Pour avoir sa propre statue, il suffit de d’introduire la bière dans un pays !

Comme autre boisson qui fait la fierté des ecuadoriens, il y a bien sur le café ! Malheureusement, tout le café qu’on a eu l’occasion de boire était très aqueux, à l’américaine, pas très parfumé et toujours très sucré. Du coup, là-dessus, on attend la Colombie pour relever le niveau, d’ailleurs quand on a petit-déjeuné avec deux Colombiens, ils ont été assez durs…

Troisième boisson, elle aussi déjà mentionnée, les jus de fruits. Mais j’en reparle parce que c’est vraiment trop cool. Dans n’importe quel boui-boui miteux, avec un menu de base, il y a un jus de fruit pressé sur commande. Bon, les boui-boui miteux n’ont pas un choix énorme, et même souvent c’est le jus du jour ou rien, mais c’est déjà super. Du coup, tous les restaus ont des stocks de fruits, et on comprend comment quand on voit les marchés. Une papaye mure, c’est 50 cents et ça vous fait du dessert pour 4 (ou 2 si vous êtes des morfales). Des grenades, des pastèques, des mangues, partout, pour une bouchée de pain, et croyez-moi, elles ont un autre gout que celles qui ont pris le bateau ou l’avion pour être mangées chez nous !

La palme revient à l’avocat, qui bien sur est délicieux, mais qui pousse partout (y compris dans la cour de certaines auberges). Un américain qui a ouvert une plantation de café dans la vallée d’Intag nous a déclaré « je nourris mes chiens avec. Ca pousse tout seul, tout le monde en a chez soi, il y en a tellement qu’ils sont invendables ». Vous vous doutez bien qu’on mange plein d’avocats.

Maintenant, les repas. Le repas le plus classique, qu’on trouve partout, qui coute pas cher et qu’on mange donc souvent, porte plusieurs noms, mais il est presque toujours le même. Le matin, c’est le desayuno, le midi, c’est l’almuerzo, et le soir la merienda. J’exagère un peu, mais vraiment un peu.

almuerzo

Ce repas coute environ 3$, voire 2$ chez une abuelita (une mamie qui bricole à manger) ou 5$ dans une région touristique. Oui, il contient du riz ET des patates, et oui, ça cale et on s’en lasse vite. De même le poulet ou poisson frit à tous les repas, c’est assez discutable, et je ne vous parle pas du bonheur des végétariens qui mangent donc… des patates et du riz ! En vrai, on trouve aussi d’autres choses à manger, mais il y a souvent des patates et/ou du riz avec, de toute façon ! (sauf au petit-déj, là on s’en sort mieux !)

Le maïs est un autre sujet. Il n’est pas dessiné parce qu’il n’est pas là à tous les coups, mais très souvent, on a des grains de maïs grillés, du pop-corn, ou carrément un morceau d’épi de maïs cuit. En plus, il est meilleur qu’en Europe.

Enfin, il y a la soupe, souvent servie avec le repas, en premier le temps que l’assiette arrive. Elle est parfois une bonne soupe comme chez nous, mais souvent c’est une ceviche, soupe froide au poisson et parfumée aux herbes, et c’est super bon ! Mais c’est un plat typique emprunté au Pérou parait-il…

Les gens

Il y a énormément de vendeurs de rue (et dans les bus), qui vendent vraiment de tout (du chewing-gum au barbecue), avec surtout beaucoup de fruits et légumes vendus directement dans la rue (« Mandarinas, un dollar ! » est crié par des jeunes femmes portant des sachets de 10 mandarines). Il est assez facile de marchander ou de discuter, et de se faire indiquer le chemin par les vendeurs divers.

Les gens en Ecuador semblent généralement très gentils, et prompts à nous aider. Se faire aider est d’ailleurs facilité par le fait qu’ils parlent assez lentement avec un accent très compréhensible (pour les novices en espagnol comme nous).

On a été assez frappé par la grande présence de population indigènes mixée avec la population de type espagnole, notamment à Quito et surtout à Otavalo. Les indigènes ne forment pas un groupe uni mais proviennent d’un grand nombre de clans, tous semblant vivre dans une certaine harmonie entre eux et avec le reste de la population (ce dont les écuadoriens semblent fiers, certains affirmant : « on est tous frères avec les indigènes », traduction littérale). A côté de ça, un de nos guides à Quito nous a expliqué aussi une sorte de fierté d’être en paix avec les autres pays, de n’avoir aucun conflit, ni interne, ni externe.

L’influence de la colonisation espagnole est très visible, notamment à travers les nombreux édifices religieux, mais le pays reste assez ancré dans ses racines pré-coloniales et même pré-Incas, et cela donne un mélange des cultures assez hétéroclite.

Vieille maison à l’andalouse au centre de Quito

Conclusion

On avait pensé commencer notre voyage à Quito parce que la ville avait l’air sympa, et continuer assez vite vers la Colombie. Finalement, même si Quito est assez sympa en effet, le reste du pays nous a beaucoup plus plu et ils nous semble qu’il y beaucoup de choses à y découvrir. Nous n’avons été que dans la partie nord des montagnes ecuadoriennes, c’est-à-dire une toute petite partie du pays : nos remarques ne sont peut-être pas valables en dehors de cette région.

NB : nous avons voyagé en mode sac-à-dos et confort faible à moyen. Notre budget final dans ce pays a été de 50€/jour à deux.

2 réponses sur “Hors série : ce qu’on a pensé de l’Ecuador”

  1. Merci Alice et Ben !
    Maintenant je reçois vos posts, que je dévore avec grand plaisir. Et qui me replongent presque …40 ans en arrière !
    J ai fête mes 23 ans sur la ligne équatorienne , avec Christine nous nous sommes aussi régalées d ‘avocats, de couleurs, de musiques locales , de balades quasi tous les jours , de hamacs, de rencontres surtout.
    Et … On avait encore plus aimé la Colombie !
    Bon vent à vous deux !
    Marion

  2. Émotion de retrouver certaines impressions qu’on avait eues. La fentillesse des fens, le me.ange de population, la nouffe qi, visiblement n’a guère changé, les bohages parfois sportifs en bus ou autre. Bravo de vous ouvrir ainsi et continuez dans la jie et la non’e humeur
    Que le vaya bien

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